Portrait

Plus de dix ans que je circule sur quatre roulettes … et que je grille les files d’attente !😊

Je m’appelle Léa, j’ai 33 ans et je suis tétraplégique depuis le 2 Mars 2009 en fin de matinée…  Plus de dix ans que je circule sur quatre roulettes, cela paraît long dit comme ça et je ne l’aurai pas cru moi même envisageable. Pourtant j’ai voyagé jusqu’à l’autre bout du monde, réalisé des choses improbables et j’ai même travaillé comme une personne valide ! Mark Twain disait : « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » et c’est pour moi la clé de toutes mes aventures.

Tout a commencé lors d’une belle journée en station de ski. Je séchais les cours du début de semaine de la fac de Bordeaux pour rallonger mon séjour auprès de mon récent amoureux dans les Alpes françaises : tout est normal, j’ai 21 ans et je déteste les obligations.

Les obligations, tout prévoir, être raisonnable… Lorsqu’on devient tétraplégique parce qu’on n’est pas aussi bon qu’on le croit en snowboard (comme moi !) la claque est violente et tout ce que j’aimais est remplacé par des obligations. C’est nul, c’est l’horreur, j’avais envie de faire la pire crise de nerfs que je n’avais jamais faite et puis telle une ado rebelle qui grandit, j’ai compris que ça ne me mènerait nulle part. Je ne pouvais plus bouger mais quoi que je choisisse, la vie va suivre son cours alors il va falloir que je trouve une solution pour avancer.

12 ans plus tard, mon compteur affiche plus de 150 000 km et les roues de mon fauteuil ont gouté à l’eau salée des lagons, lutté dans la soupe de corail, défié les chemins de grandes randonnées et m’ont attendue pendant des heures pendant que je faisais du dualski, de la plongée bouteille, du tendem kite, du parapente, de la chute libre ou que j’étais simplement allongée à attendre qu’une âme charitable vienne m’aider.

Demander de l’aide, ça paraît anodin, et pourtant c’est terriblement énervant car c’est ce  qui me pose en situation de handicap. La société (française) n’est pas pensée pour le handicap et d’ailleurs de nombreuses associations oeuvrent sans relâche pour que les choses évoluent, merci. Les aéroports sont le paradis pour les fauteuils roulant, mais les avions sont un enfer, les supermarchés sont toujours bien adaptés mais les rues des villes sont toutes cabossées ; conclusion, nous les handis en fauteuils, nous passons après les valises de voyage ou les caddies ! Mais c’est pas grave, nous on grille les files d’attente.

Le bon côté de la tétraplégie c’est que je suis devenue super organisée (sauf sur mon bureau) et j’ai appris à anticiper et être prévoyante. L’excitation de l’aventure remplie d’incertitudes part aux oubliettes et je me surprends encore à dire « on ne sait jamais, mieux vaut prévoir». Prévoir un surplus de matériel médical avec moi dans l’avion en cas de retard de vols, de correspondance loupée ou de perte de bagages. Éviter de manger des prunes ou des pruneaux avant un long trajet, avoir toujours des rustines dans son sac et un vêtement chaud car on sait quand on part mais pas toujours quand on revient. En voyage, je ne fais pas moins de choses, je les fais juste différemment.  

J’ai vécu en Polynésie française pendant plusieurs années, question accessibilité c’est pas génial, « peut mieux faire » dirais-je avec ma casquette de prof, et pour des voyages sans soucis je conseille les Etats-Unis ou la Nouvelle-Zélande : médaille d’or du tout accessible. Annoncer que je suis prof de chinois ça fait souvent rire les gens et encore plus lorsqu’ils découvrent que je suis tétraplégique. Écrire des sinogrammes sur un tableau à la craie (oui ça existe encore !) ce n’est pas trop compliqué mais circuler entre les bureaux de 32 élèves dans une salle de 30m2 ça l’est davantage ! Heureusement la bienveillance humaine parvient très souvent à trouver une solution car en Polynésie française le statut de travailleur handicapé n’est pas aussi développé qu’en métropole où le site de l’éducation nationale a une page internet dédiée et une procédure de recrutement spécifique (en théorie, je confirmerai lorsqu’on me proposera un poste).

LEA